vendredi 11 février 2011

Energie solaire : l’Afrique a perdu la bataille mais peut gagner la guerre

  Malgré l’abondance de son rayonnement solaire, l’Afrique souffre de la rareté énergétique. Il y a parfois une gêne d’évoquer constamment le potentiel africain et de le mettre en corrélation avec l’absence de valorisation de toutes ses opportunités. Au-délà du business que pourrait représenter l’investissement dans l’énergie solaire, il s’agit prioritairement de l’amélioration des conditions de vie des populations. Au sud du Sahara, à peine 23 % de la population (soit une personne sur quatre) a accès à l’électricité. La situation est encore plus critique en milieu rural où l’électrification ne concerne qu’un habitant sur dix. Pourtant, avec un ensoleillement quotidien d’environ 5 à 7 kwh par m2, le gisement solaire en Afrique est quasi inépuisable et « gratuit ». Cette gratuité est relative car il faut d’énormes moyens financiers pour transformer les rayonnements solaires en électricité à partir des panneaux photovoltaïques. L’Afrique aurait pu, même dans ce contexte, attirer des investisseurs en mettant en place des politiques ambitieuses, des allègements fiscaux et des subventions pour faciliter l’accès des particuliers, des collectivités et des industriels à l’énergie solaire. 
 
DESERTEC : Quand l’Europe exploite le soleil africain
 
N’ayant pas pu ou su exploiter son potentiel d’énergie solaire, l’Afrique se retrouve aujourd’hui dans une situation défensive. Le changement climatique, l’épuisement des énergies fossiles et la flambée des cours du pétrole ont obligé les pays importateurs à diversifier leur approvisionnement et adopter des stratégies ambitieuses de développement des énergies renouvelables. C’est ainsi que l’Union Européen s’est fixé un objectif de 20 % d’énergie renouvelable à l’horizon 2020. Parallèlement les industriels de ces pays se sont positionnés sur le créneau. Emmené par un consortium d’investisseurs allemands, le gigantesque projet « DESERTEC » d’un montant faramineux de 400 milliards d’euros vise à produire l’énergie renouvelable (solaire et éolien principalement) à partir de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient pour alimenter l’Europe. Afin de limiter les déperditions lors du transport de l’énergie (42 % en Afrique et 9 % en Europe), à l’initiative d’entreprises françaises le projet TRANSGREEN vise à améliorer le rendement et réduire au maximum les pertes.
 
« Il faut que l’Afrique engage la bataille du solaire »
 
Face à cette situation que certains qualifient « d’éco-colonisation », l’Afrique essaye de réagir. Mandaté par la CEDEAO, le Président Sénégalais Abdoulaye WADE a pris la tête du mouvement avec le projet « Energie solaire pour toute l’Afrique ». Dans une interview dans l’hebdomadaire économique Les Afriques du 8 juillet 2010, il explique que « si l’Europe arrive à exploiter le solaire, cela va être un problème pour nous. Cela signifie que les entreprises européennes vont disposer d’un avantage supplémentaire sur les nôtres. Elles vont produire moins cher encore. Nos industries ne pourront jamais être compétitives et elles vont disparaître. Le choix est là. Il faut que l’Afrique engage la bataille du solaire. » On ne peut que saluer cette volonté politique d’un décideur africain appuyé par ses pairs mais force est de constater que l’Afrique a déjà perdu la bataille du solaire.
 
Pourquoi l’Afrique a perdu la bataille de l’énergie solaire ?
 
Dans le bras de fer qui se joue autour de l’énergie solaire, l’Afrique a déjà probablement perdu la première phase. La raison principale est son manque de réactivité et d’anticipation dans un monde où les décisions doivent être prises de plus en plus rapidement et mises en application dans les meilleurs délais. Le constat ainsi dressé est plutôt la résultante de plusieurs handicaps qui contribuent à la perte de la bataille de l’énergie solaire. On peut citer : 
  • Le porteur de projet : Alors que le projet DESERTEC comme pour toute démarche économique est piloté par des industriels, ce sont les politiques qui sont en première ligne dans le dossier solaire africain. Le rôle du politique est de favoriser l’environnement des affaires et d’utiliser le levier fiscal pour encourager le développement des énergies renouvelables. Il revient aux industriels et investisseurs africains de monter des projets avec un fort soutien politique dès lors qu’ils sont nationaux ou supranationaux.
  • Formation et ressources humaines : Ne disposant pas assez de centres de recherche et de formation de haut niveau sur l’énergie solaire, il serait difficile d’affronter des pays qui ont une longue expertise et développent des compétences en la matière,
  • Manque d’industries : A l’exception de quelques entreprises d’assemblages comme Tenesol (qui est d’ailleurs une filiale d’EDF et de Total) basée au Cap en Afrique du Sud, rares sont les industries africaines positionnées sur le créneau de l’énergie solaire,
  • Absence de capitaux : le dernier point et probablement le plus important est la manne financière nécessaire à l’investissement et la création d’entreprises qui maîtrisent la filière solaire dans son ensemble.
 
Comment l’Afrique peut gagner la guerre de l’énergie solaire ?
 
Malgré les faiblesses évoquées, l’Afrique dispose des atouts plus que d’autres régions du monde pour remporter la guerre de l’énergie solaire. Il faudrait adopter la stratégie suivante :
  • Revoir DESERTEC : Même si le Maroc est déjà prêt pour accueillir le projet pilote DESERTEC et que certains industriels africains comme ONA (Maroc) et Cevital (Algérie) sont parties prenantes, il semble urgent aujourd’hui de rediscuter les modalités du partenariat. Certaines conditionnalités comme l’obligation de formation des cadres africains, de transfert de technologies et d’alimentation prioritaire de l’Afrique sont des éléments qui permettraient au continent d’être en position de force dans la course au solaire,
  • L’allier Chinois : Dans la guerre énergétique, l’Afrique peut compter sur l’allier chinois qui manifeste également beaucoup d’intérêt pour le continent. Avec Suntech Power (premier fabricant mondial de panneaux photovoltaïques avec 11 % du marché mondial), Yingli et bien d’autres, les industries chinoises dominent le business du solaire. Dans ce domaine, le marché africain est énorme et pourrait intéresser industriels et investisseurs chinois. Les entreprises de l’empire du milieu proposent également des produits les plus compétitifs. Dans le cadre d’un partenariat bien négocié l’Afrique peut tirer profit de cette coopération SUD-SUD,
  • Diaspora : avec une diaspora compétente dans des domaines transversaux, l’Afrique peut résorber son handicap de ressources humaines en capitalisant sur leurs expertises dans tous les domaines liés au business du solaire. La diaspora peut aussi investir dans ce secteur d’activités,
  • Marché carbone : En concevant des projets crédibles et bancables, le continent peut dégager des financements supplémentaires dans le cadre de la finance carbone pour amortir les coûts d’investissements de l’énergie solaire
  • Industriels africains : souvent oubliés, ils sont le maillon indispensable du développement de l’énergie solaire en Afrique. Les entreprises ayant une solide capitalisation et des ressources financières peuvent lever des capitaux pour l’émergence des sociétés solaires
 
Pour gagner ce combat, il faut prendre des initiatives maintenant, demain il sera trop tard…

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