vendredi 11 février 2011

l'Energie Solaire est-elle une solution alternative pour l'Afrique ?

 


Un exemple de panneaux solaires  
Un exemple de panneaux solaires
 





Les panneaux solaires perchés sur le toit de la clinique de Tanghin Dassouri (25 km au sud-ouest de Ouagadougou) ont permis d'éclairer deux décennies de naissances et décès parmi les 60.000 habitants de ce groupe de villages.

"C'est faible, mais c'est mieux que rien", avoue soeur Georgette Ilboudo, une des infirmières de cette petite maternité construite en pisé qui fait office d'hôpital. Plusieurs experts en énergie assurent qu'avec davantage d'investissements dans le secteur privé, de tels panneaux pourraient engendrer une révolution pour l'énergie renouvelable sur le continent le plus pauvre et - certainement - le plus ensoleillé de la planète.

Les hausses des prix des carburants fossiles et la déforestation dont est victime l'Afrique ont conduit plusieurs chefs d'Etat africains à s'intéresser au secteur énergétique alternatif. La création d'emplois dans le secteur de l'énergie renouvelable faisait partie des principales recommandations des chefs d'Etat présents au sommet extraordinaire de l'Union africaine (UA) sur la pauvreté en Afrique de Ouagadougou au début du mois de septembre.

"Si les Etats prennent des mesures concrètes pour soutenir l'évolution de l'activité de ce secteur, le moment viendra où nous pourrons utiliser du matériel et une main d'oeuvre locaux pour exploiter l'énergie solaire", affirme Issa Bikienga, du Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel (Cilss). Avec le soleil, "nous avons ici une ressource inépuisable et nous ne l'utilisons pas à notre profit" pour le pompage de l'eau, l'éclairage et la réfrigération, a-t-il ajouté. "Dans le Sahel, 40% de la population n'a pas accès à l'eau potable; nous pouvons utiliser l'énergie solaire pour aider" à résoudre ce problème"

Plusieurs avancées technologiques ont aidé à faire baisser substantiellement le prix des panneaux photovoltaïques, favorisant l'éclairage de villages à travers le continent. Mais à 600 dollars la paire de panneaux de 40 watts, cette technologie reste inaccessible pour les populations des zones rurales africaines, où la majorité vit avec moins d'un dollar par jour.

Le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) promeut l'utilisation des micro crédits pour permettre à ces populations d'acquérir des installations solaires par règlements échelonnés. Le coût élevé des panneaux "signifie que les Africains doivent payer 20 ans d'électricité en avance", note Eric Usher, un expert en énergies renouvelables du PNUE. "Pourquoi un fermier démuni du Mali devrait avoir à faire ça alors qu'un Californien n'a pas à passer par là?", demande M. Usher.
Baisser les taxes à l'importation est le moyen le plus facile pour promouvoir le secteur, plaide Lincoln Dahl, dont l'entreprise African Energy, basée aux Etats-Unis, distribue des panneaux à des PME du continent. "Le matériel solaire est non-taxé au Kenya où le marché est compétitif, les marges sont faibles et cela fonctionne bien", assure-t-il par téléphone. "Les énergies renouvelables sont bonnes pour ces pays s'ils en facilitent l'accès", conclut-il.

Amener l'énergie solaire aux villages d'Afrique

De nombreuses générations d'Africains se souviennent avec nostalgie des soirées de leur enfance, et des contes que leur racontaient leurs grands-parents à la lumière de la lampe-tempête alimentée par du pétrole lampant, qui est, dans bien des cas, la seule source de lumière en dehors du feu de bois durant les longues nuits les campagnes du continent le plus pauvre du monde.
Cette lampe sera-t-elle l'ambassadrice des énergies renouvelables dans des pays déshérités où, pourtant, le tout-pétrole reste la loi ? Sans doute si l'Afrisolar Lamp, invention du Camerounais Cyrille Bomba finit par être distribuée de manière industrielle.
Jeune ingénieur revendiquant ses origines rurales de manière quasiment militante, qui raconte avoir été choqué par l'augmentation permanente du prix du pétrole lampant dans des villages dépourvus de stations-service dignes de ce nom, Bomba parle de son concept avec passion :
« C'est une lampe conçue pour remplacer définitivement l'ancestrale lampe à pétrole. Elle ne fonctionne qu'avec l'énergie électrique obtenue à partir de la lumière du soleil en lieu et place de ce pétrole que les plus pauvres ne pourront plus acheter dans les dix prochaines années. C'est la miniaturisation d'une vraie installation solaire comme celles que l'on retrouve sur les toits des maisons, mais qui sont malheureusement trop chères pour les populations de nos campagnes et même de nos villes. »
Bomba a de la suite dans les idées. Sa lampe, à qui il prédit une durée de vie moyenne de vingt-cinq ans, pourra également jouer le rôle de radio FM - le seul outil reliant de nombreux paysans africains au reste du monde. Plus besoin d'acheter régulièrement des piles sèches, chères et difficiles à trouver dans les villages du continent.
L'Afrisolar Lamp, qui selon son concepteur peut fonctionner de manière autonome toute une nuit après avoir « fait son marché » naturellement grâce aux rayons du soleil, généreux dans de nombreux pays d'Afrique, a été la grande attraction des Journées nationales de technologie (JNT) de Yaoundé, au Cameroun. Elle a suscité le vif intérêt de l'Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI), justement basée au Cameroun, qui a validé son principe fonctionnel et confirmé « l'exploitabilité de son système électrotechnique ».
Les prochains défis de Cyrille Bomba, inventeur indépendant qui travaille sans grand soutien de l'Etat camerounais, sont de finir de breveter son invention et de trouver des partenaires pour la commercialiser. Il affirme que la force de sa lampe est qu'elle pourra être réalisée presque entièrement avec du matériau local -seul le panneau solaire sera importé, dit-il.
Par Théophile KOUAMOUO

Énergie solaire : un enjeu pour l’Afrique, un marché pour l’Europe!

Un physicien allemand annonce la possibilité de produire à vaste échelle de l’énergie solaire en Afrique du Nord pour l’exporter en Europe. Une application industrielle ambitieuse qui va à l’encontre des besoins immédiats du continent africain. Si le potentiel énergétique solaire du Sahara ne fait aucun doute, son mode d’exploitation suscite un débat controversé.
Le Sahara, nouvel eldorado de l’Europe ? En matière d’énergie solaire, assurément, comme l’atteste Michael Düren, physicien allemand qui planche sur le sujet depuis dix ans. L’expert de Hambourg a affirmé en mai dernier dans la presse d’outre-Rhin que les régions d’Afrique du Nord pourraient approvisionner toute l’Europe en énergie solaire. Un programme qui tombe à pic au moment où le gouvernement allemand annonce l’abandon de l’atome et le financement de 100 000 toits de panneaux solaires sur six ans.
Selon Michael Düren, le transfert de l’énergie vers le Vieux Continent repose sur une technologie simple : collectée par des capteurs paraboliques, l’énergie serait acheminée par des câbles de haute tension. Dans ce scénario, chacune des parties y trouve son compte. L’Europe remplit ses engagements de réduire ses émissions de gaz à effet de serre*. L’Afrique subvient à sa propre demande d’énergie et bénéficie en prime d’une technologie de pointe. Pour Michael Düren, c’est le début du commerce équitable et la préservation des ressources énergétiques fossiles (gaz, charbon, pétrole). Le tout au nom d’une industrie solaire que le physicien évalue à 250 milliards de marks (193 milliards d’euros).
Question de coût
Chimère d’un farfelu de l’écologie ou prédictions d’un visionnaire averti ? Auprès des experts français interrogés, le projet ne fait pas l’unanimité. Les causes de réticences sont légion : risque de déperdition d’énergie, de changement climatique à long terme dans les pays du Sud, problème de coût. En France, le kilowattheure nucléaire (78 % de la production électrique française !) coûte 0,26 franc contre une moyenne de trois francs pour le kilowattheure solaire.
Pour que le projet de Michael Düren soit rentable, il faudrait installer d’immenses centrales thermiques au coeur du Sahara : hypothèse jugée fantaisiste et peu réalisable. Arguments invoqués : ces centrales nécessitent une maintenance locale prolongée et qualifiée, et des investissements difficilement contrôlables dans ces régions d’Afrique. Pourtant, l’électricité produite dans ces centrales par concentration de rayonnement solaire serait, selon Michael Düren, cinq fois moins chère que celle obtenue par le système photovoltaïque dominant le marché à l’heure actuelle. Neuf installations de ce type représentant 2,5 millions de m2, tous fabriqués en Allemagne, fonctionnent avec succès depuis dix ans dans une centrale californienne. Un vaste centre d’essai est en oeuvre en l’Espagne ainsi qu’un autre en Grèce.
Question d’éthique

Produire de l’énergie solaire en Afrique pour la consommer en Europe soulève par ailleurs des problèmes de choix. " La priorité est d’abord de rendre les pays africains plus autonomes et non pas de louer leurs terres pour exploiter le potentiel solaire," déclare Alain Guinebault, délégué général du Gérès, Groupe énergies renouvelables et environnements (ONG). Pour Pierre-Emmanuel Martin, directeur des Etudes à l’Observatoire des énergies renouvelables, le développement solaire en Afrique concerne d’abord l’équipement des besoins locaux en système photovoltaïque.
L’association coordonne des projets dans les régions rurales non reliées au réseau. Objectif : limiter l’exode rural, relancer le développement économique, sanitaire et social des communautés villageoises. Comment ? En alimentant un four à pain, un atelier d’ébénisterie, un dispensaire, une école. " Au Mali par exemple, poursuit le responsable, seuls 3 % des foyers sont électrifiés. Dans certaines régions, l’électrification ne se fera pas avant trois générations. Alors l’interconnexion Nord-Sud reste une vaste utopie. " Même discours du côté de l’opérateur privé BP Amoco, le groupe pétrolier qui se diversifie dans le solaire via sa filiale BP Solarex.
A l’issue d’appels d’offres, il a ainsi équipé 1300 maisons isolées du réseau en Tunisie, ainsi que d’autres sites au Maroc où 15 millions d’habitants sont encore dépourvus d’électricité. Pour un tiers de notre humanité qui n’est pas connecté au réseau électrique, l’énergie est un enjeu vital. Reste à savoir donc, s’il est possible, politiquement et économiquement, de concilier l’urgence des besoins des pays du Sud avec les velléités écologiques des pays du Nord.
*Lors de la conférence climatique internationale de Kyoto en 1997, les pays de l’Union européenne se sont engagés à réduire les émissions de CO2 d’ici 2010 de 5 % par rapport à 1990.

A noter :

La 6ème Conférence climatique internationale sous l’égide de l’ONU aura lieu à La Haye en Novembre 2000.

Pour en savoir plus :

Groupe d’étude et de formation sur les outils solaires et les alternatives technologiques :
Maison de la mer, quai Baptiste Guitard, 34140 Mèze
Observatoire des énergies renouvelables :
146, rue de l’Université, 75007 Paris
Agence gouvernementalede l’environnement et de maîtrise de l’énergie (Ademe) :
27, rue Louis Vicat, 750015 Paris

Energie solaire : l’Afrique a perdu la bataille mais peut gagner la guerre

  Malgré l’abondance de son rayonnement solaire, l’Afrique souffre de la rareté énergétique. Il y a parfois une gêne d’évoquer constamment le potentiel africain et de le mettre en corrélation avec l’absence de valorisation de toutes ses opportunités. Au-délà du business que pourrait représenter l’investissement dans l’énergie solaire, il s’agit prioritairement de l’amélioration des conditions de vie des populations. Au sud du Sahara, à peine 23 % de la population (soit une personne sur quatre) a accès à l’électricité. La situation est encore plus critique en milieu rural où l’électrification ne concerne qu’un habitant sur dix. Pourtant, avec un ensoleillement quotidien d’environ 5 à 7 kwh par m2, le gisement solaire en Afrique est quasi inépuisable et « gratuit ». Cette gratuité est relative car il faut d’énormes moyens financiers pour transformer les rayonnements solaires en électricité à partir des panneaux photovoltaïques. L’Afrique aurait pu, même dans ce contexte, attirer des investisseurs en mettant en place des politiques ambitieuses, des allègements fiscaux et des subventions pour faciliter l’accès des particuliers, des collectivités et des industriels à l’énergie solaire. 
 
DESERTEC : Quand l’Europe exploite le soleil africain
 
N’ayant pas pu ou su exploiter son potentiel d’énergie solaire, l’Afrique se retrouve aujourd’hui dans une situation défensive. Le changement climatique, l’épuisement des énergies fossiles et la flambée des cours du pétrole ont obligé les pays importateurs à diversifier leur approvisionnement et adopter des stratégies ambitieuses de développement des énergies renouvelables. C’est ainsi que l’Union Européen s’est fixé un objectif de 20 % d’énergie renouvelable à l’horizon 2020. Parallèlement les industriels de ces pays se sont positionnés sur le créneau. Emmené par un consortium d’investisseurs allemands, le gigantesque projet « DESERTEC » d’un montant faramineux de 400 milliards d’euros vise à produire l’énergie renouvelable (solaire et éolien principalement) à partir de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient pour alimenter l’Europe. Afin de limiter les déperditions lors du transport de l’énergie (42 % en Afrique et 9 % en Europe), à l’initiative d’entreprises françaises le projet TRANSGREEN vise à améliorer le rendement et réduire au maximum les pertes.
 
« Il faut que l’Afrique engage la bataille du solaire »
 
Face à cette situation que certains qualifient « d’éco-colonisation », l’Afrique essaye de réagir. Mandaté par la CEDEAO, le Président Sénégalais Abdoulaye WADE a pris la tête du mouvement avec le projet « Energie solaire pour toute l’Afrique ». Dans une interview dans l’hebdomadaire économique Les Afriques du 8 juillet 2010, il explique que « si l’Europe arrive à exploiter le solaire, cela va être un problème pour nous. Cela signifie que les entreprises européennes vont disposer d’un avantage supplémentaire sur les nôtres. Elles vont produire moins cher encore. Nos industries ne pourront jamais être compétitives et elles vont disparaître. Le choix est là. Il faut que l’Afrique engage la bataille du solaire. » On ne peut que saluer cette volonté politique d’un décideur africain appuyé par ses pairs mais force est de constater que l’Afrique a déjà perdu la bataille du solaire.
 
Pourquoi l’Afrique a perdu la bataille de l’énergie solaire ?
 
Dans le bras de fer qui se joue autour de l’énergie solaire, l’Afrique a déjà probablement perdu la première phase. La raison principale est son manque de réactivité et d’anticipation dans un monde où les décisions doivent être prises de plus en plus rapidement et mises en application dans les meilleurs délais. Le constat ainsi dressé est plutôt la résultante de plusieurs handicaps qui contribuent à la perte de la bataille de l’énergie solaire. On peut citer : 
  • Le porteur de projet : Alors que le projet DESERTEC comme pour toute démarche économique est piloté par des industriels, ce sont les politiques qui sont en première ligne dans le dossier solaire africain. Le rôle du politique est de favoriser l’environnement des affaires et d’utiliser le levier fiscal pour encourager le développement des énergies renouvelables. Il revient aux industriels et investisseurs africains de monter des projets avec un fort soutien politique dès lors qu’ils sont nationaux ou supranationaux.
  • Formation et ressources humaines : Ne disposant pas assez de centres de recherche et de formation de haut niveau sur l’énergie solaire, il serait difficile d’affronter des pays qui ont une longue expertise et développent des compétences en la matière,
  • Manque d’industries : A l’exception de quelques entreprises d’assemblages comme Tenesol (qui est d’ailleurs une filiale d’EDF et de Total) basée au Cap en Afrique du Sud, rares sont les industries africaines positionnées sur le créneau de l’énergie solaire,
  • Absence de capitaux : le dernier point et probablement le plus important est la manne financière nécessaire à l’investissement et la création d’entreprises qui maîtrisent la filière solaire dans son ensemble.
 
Comment l’Afrique peut gagner la guerre de l’énergie solaire ?
 
Malgré les faiblesses évoquées, l’Afrique dispose des atouts plus que d’autres régions du monde pour remporter la guerre de l’énergie solaire. Il faudrait adopter la stratégie suivante :
  • Revoir DESERTEC : Même si le Maroc est déjà prêt pour accueillir le projet pilote DESERTEC et que certains industriels africains comme ONA (Maroc) et Cevital (Algérie) sont parties prenantes, il semble urgent aujourd’hui de rediscuter les modalités du partenariat. Certaines conditionnalités comme l’obligation de formation des cadres africains, de transfert de technologies et d’alimentation prioritaire de l’Afrique sont des éléments qui permettraient au continent d’être en position de force dans la course au solaire,
  • L’allier Chinois : Dans la guerre énergétique, l’Afrique peut compter sur l’allier chinois qui manifeste également beaucoup d’intérêt pour le continent. Avec Suntech Power (premier fabricant mondial de panneaux photovoltaïques avec 11 % du marché mondial), Yingli et bien d’autres, les industries chinoises dominent le business du solaire. Dans ce domaine, le marché africain est énorme et pourrait intéresser industriels et investisseurs chinois. Les entreprises de l’empire du milieu proposent également des produits les plus compétitifs. Dans le cadre d’un partenariat bien négocié l’Afrique peut tirer profit de cette coopération SUD-SUD,
  • Diaspora : avec une diaspora compétente dans des domaines transversaux, l’Afrique peut résorber son handicap de ressources humaines en capitalisant sur leurs expertises dans tous les domaines liés au business du solaire. La diaspora peut aussi investir dans ce secteur d’activités,
  • Marché carbone : En concevant des projets crédibles et bancables, le continent peut dégager des financements supplémentaires dans le cadre de la finance carbone pour amortir les coûts d’investissements de l’énergie solaire
  • Industriels africains : souvent oubliés, ils sont le maillon indispensable du développement de l’énergie solaire en Afrique. Les entreprises ayant une solide capitalisation et des ressources financières peuvent lever des capitaux pour l’émergence des sociétés solaires
 
Pour gagner ce combat, il faut prendre des initiatives maintenant, demain il sera trop tard…

Afrique: Il est temps de passer au solaire


Banji Oyelaran-Oyeyinka

Chaque jour, l'Afrique reçoit en moyenne 6 kWh d'énergie solaire par mètre carré
Flickr/whatleydude
Banji Oyelaran-Oyeyinka  de l'ONU-HABITAT recommande à l'Afrique de suivre l'exemple de la Chine et promouvoir l'innovation, la production et la demande dans le domaine de l'énergie solaire.
Plusieurs arguments militent en faveur du passage de l'Afrique à l'énergie solaire pour répondre à ses besoins énergétiques. Ce continent reçoit en moyenne 6kWh d'énergie solaire par kilomètre carré chaque jour. Avec les changements climatiques, l'Afrique est également sous une pression croissante et doit trouver des alternatives à faible teneur en carbone aux sources d'énergie traditionnelles.
La réduction des émissions de carbone n'est pas le seul avantage de l'énergie solaire, elle peut également aider à réduire la pauvreté. Environ 560 millions de personnes vivent sans électricité en Afrique sub-saharienne et 625 millions de personnes dépendent des énergies fossiles comme le bois ou le charbon pour la cuisine. La technologie solaire peut servir à l'éclairage, au chauffage, à la cuisine et à une communication propres, de qualité nécessitant peu d'énergie électrique, et présentant des avantages importants pour la santé et la qualité de vie.
Des marchés en expansion
La baisse des coûts et l'essor du marché de la technologie solaire est une motivation supplémentaire pour convaincre l'Afrique de se tourner vers cette source d'énergie.
Plusieurs technologies sont en concurrence pour l'amélioration de l'efficacité de l'énergie solaire, notamment la technologie photovoltaïque et le thermosolaire à concentration. Les coûts de production baissent et selon les prévisions, l'énergie solaire  dominera le marché des énergies renouvelables dans dix ans.
Selon le consultant international en gestion McKinsey&Company, la capacité mondiale d'énergie solaire sera multipliée par vingt voire quarante d'ici 2020. Dans le même temps, Clean Edge, un bureau  d'études et d'édition, prévoit que le chiffre d'affaires du solaire photovoltaïque, en l'occurence les modules, les composants des systèmes et l'installation, passera de US$ 29,6 milliards en 2008 à US$ 80,6 milliards d'ici 2018.
Si l'Afrique arrive à mettre à profit ces marchés, en se positionnant comme fournisseur et consommateur mondial de technologie solaire, cela contribuera à sa croissance et son développement économiques.
Les conditions préalables du passage au solaire
En théorie, l'Afrique devrait être en mesure de remplacer les sources d'énergie conventionnelles par l'énergie solaire dans quatre secteurs : la production d'énergie, le chauffage de l'eau et d'ambiance, les carburants de transport et l'énergie rurale.
Il faudrait cependant que les Etats mettent dans un premier temps en place un système de subventions et d'incitations pour promouvoir de petites entreprises solaires 'et leur permettre de devenir de véritables industries capables de réaliser des économies d'échelle pour, au final, atteindre la parité du réseau.
Plusieurs pays, notamment la Chine, l'Allemagne, Israël et l'Espagne, ont déjà démontré que les mesures telles que les subventions financières, la délivrance de certificats d'énergie renouvelable, des prix garantis aux producteurs (des tarifs incitatifs payés aux systèmes d'énergie renouvelables connectés au réseau), la facturation nette (achat du surplus de production auprès des producteurs d'énergie solaire) et un programme d'énergie photovoltaïque peuvent garantir le succès de la promotion de l'énergie solaire photovoltaïque.
Leçons de Chine
L'Afrique doit renforcer ses capacités pour développer et produire sa propre technologie et proposer des incitations afin de répandre l' utilisation de l'énergie solaire. 
Le continent a beaucoup à apprendre des pays comme la Chine qui, au cours des dernières années, a connu une croissance phénoménale de son industrie des énergies renouvelables. En 2008, elle disposait de la troisième capacité effective en énergies renouvelables dans le monde.
L'une des leçons indiscutable à retenir 'est qu'il est indispensable  de promouvoir de solides politiques d'innovation qui permettent de mettre en place des institutions technologiques efficaces et de qualité, un noyau d'ingénieurs hautement qualifiés et d'entreprises gérées avec professionnalisme.
La principale faiblesse des politiques de développement en Afrique réside dans le manque de compréhension du rôle joué par les progrès technologiques dynamiques dans le développement économique à long terme. Bien que plusieurs Etats disposent de ministères chargés des questions scientifiques, ces derniers collaborent très peu avec les autres départements chargés des politiques économiques.
Le même scénario a prévalu en Chine jusqu'à ce que les réformes institutionnelles des années 80 'incitent a acquérir des capacités technologiques et 'imiter 'les exemples des autres pays.
Depuis lors, la Chine a 'investi dans la mise en place d'infrastructures technologiques pour soutenir les entreprises nationales dans la quête d'innovations bénéfiques comme l'énergie solaire. Les dépenses de recherche et développement en matière d'énergie solaire, et, en réalité, dans tous les secteurs, ont été en constante augmentation au cours des vingt-cinq dernières années.
L'Etat encourage également l'approvisionnement auprès des entreprises locales et promeut activement l'établissement de liens, l'investissement et l'apprentissage collaboratif entre les entreprises chinoises et les entreprises étrangères. Avec pour seul objectif de renforcer les capacités et l'accès aux marchés extérieurs.
Les actions à mener
Contrairement à la Chine, la plupart des pays africains sont bloqués par la faiblesse des capacités administratives de gestion d'un système d'innovation moderne. Ce qui nuit gravement à leurs capacités administratives et institutionnelles à promouvoir la technologie solaire.
Les décideurs politiques africains doivent commencer par financer l'appui à la technologie et à l'innovation, notamment au moyen de nouveaux investissements et de nouvelles incitations à la promotion de la recherche, au développement et à la conception des technologies et des systèmes de production d'énergie solaire.
Ce soutien financier doit être accompagné par l'adoption de lois qui favorisent l'adoption des nouvelles technologies.
Surtout, les décideurs politiques africains doivent établir des liens entre les universités et les industriels pour assurer une intégration des connaissances et des compétences en systèmes de production.
Avec des investissements et le soutien adéquats, j'ai la certitude que les pays africains pourront mettre en valeur l'énergie solaire pour garantir un avenir meilleur à leurs populations.
Banji Oyelaran-Oyeyinka, Directeur de la Division du suivi et de la recherche de l'ONU-HABITAT à Nairobi, au Kenya.

Énergie solaire et développement productif des technologies modernes dans le monde rural africain



"Au commencement est l’énergie, tout le reste en découle..."
Cheikh anta diop - Les fondements économiques et culturels d’un État fédéral d’Afrique Noire, Présence Africaine, 1974, p.7

Les multiples problèmes que l’on trouve dans les pays d’Afrique au sud du Sahara sont fondamentalement alarmants et ne cessent de s’aggraver. Ces pays présentent, à peu de choses près, les mêmes contingences géo-énergétiques. D’une part, nous avons les villes, zones à grande concentration administrative, commerciale et industrielle ; elles sont par ailleurs très fortement dépendantes de la consommation de pétrole brut ou de produits raffinés et dérivés pour la satisfaction des besoins en énergies conventionnelles, en électricité etc. Les autres sources d’énergie qu’on y utilise le plus souvent sont : le gaz et le charbon de bois, cette dernière source du fait des techniques rudimentaires de transformation du bois en charbon de bois (1 kg de charbon obtenu avec plus de 10 kg de bois brûlés), occasionne un déboisement important qui accélère la dégradation de l’écosystème rural. Et, d’autre part, le monde rural, représentant plus de 80 % des terres et des hommes, se caractérise par une pénurie chronique de moyens technologiques adaptés pour l’exploitation de la nature. Les besoins énergétiques de base sont plus ou moins satisfaits par une consommation massive de bois et de déchets forestiers ; alors que les besoins modernes d’énergie (alimentation de machines, éclairage...) occasionnent une utilisation coûteuse de piles, bougies, groupes électrogènes, pétrole lampant, gaz etc., avec tous les inconvénients et dangers que cela peut occasionner. Les conditions souvent désastreuses des systèmes de distribution et des techniques d’utilisation aggravent le problème énergétique. Elles se traduisent en termes d’insécurité alimentaire et de pénibilité des efforts physique, animal et humain, déployés quotidiennement pour la satisfaction des besoins domestiques de base. La longue période de sécheresse qui sévit sur la quasi-totalité de ces pays, depuis le début des années 70, constitue par ailleurs un des facteurs aggravants de l’état de crise permanente qui nuit gravement au Monde Rural Africain (MRA). Pour autant, Faut-il accuser les habitants du MRA d’avoir une faible productivité, puisqu’ils utilisent le système de trois pierres pour la cuisson, pratiquent le système de brûlis pour enrichir les sols, ou sèchent les aliments au soleil, au grès des vents, des poussières et des microbes ? Ne serait-il pas plus judicieux de se demander pourquoi les moyens techniques et technologiques aujourd’hui largement maîtrisés et vulgarisés n’arrivent pas à s’associer à l’ensemble de ces bras et de cette nature pour atteindre les objectifs "nobles" des politiques économiques définies et partout annoncées ? En effet, l’éloignement des centres de production d’énergie électrique par rapport aux zones rurales, rend les coûts de transport de l’énergie électrique conventionnelle trop onéreux, et hypothèque très sérieusement l’éventualité de leur raccordement aux réseaux existants, d’ici au moins plusieurs décennies encore. Ainsi, le problème est identique dans la plupart des pays : les plans d’électrification rurale sont définis, mais n’arrivent pas à être exécutés faute de financement et s’accumulent de période en période ; hormis en Côte d’Ivoire où des efforts louables ont été accomplis depuis les années 80. C’est pourquoi, compte tenu de la nature des besoins énergétiques des ruraux qui sont souvent très disséminés dans le temps et dans l’espace, les technologies d’utilisation des énergies nouvelles et renouvelables (ENR), comme le solaire, trouvent une voie de prédilection dans le MRA.

Les difficultés d’accès aux ressources énergétiques dans le monde rural africain

Une carence énergétique notoire règne en milieu rural africain. Les moyens disponibles pour la maîtrise de l’eau, l’alimentation électrique de machines, l’exploitation, la conservation et la transformation des produits forestiers et agricoles sont rudimentaires et dépassés par l’évolution croissante des besoins vitaux des populations. Et, la croissance économique n’accompagnant plus la naturelle évolution démographique, les conséquences néfastes de la récession économique induite sont multiples et tendent à s’éterniser, faute de solutions efficaces. Les ruraux Africains sont, par ailleurs, quasiment privés d’accès aux sources d’énergie conventionnelle, car les pays souffrent de pénurie de devises, résultante de plusieurs facteurs micro et macro-économiques, socioculturels et politiques. Le MRA reste ainsi, dans sa grande majorité, marginalisé et oublié quant à la satisfaction des besoins énergétiques de base. Notre analyse s’intéresse principalement au problème fondamental du financement des opérations de transferts de technologies vers l’Afrique. Plus particulièrement, il s’agit d’analyser les conditions de financement approprié des techniques d’usage du solaire et des autres ENR comme l’éolienne, la petite hydroélectrique, la biomasse etc. Depuis plus de deux décennies, l’introduction des technologies d’usage de l’énergie solaire est plutôt positive, en ce qui concerne la satisfaction des besoins domestiques (éclairage et petite électrification) ; cependant, cet effort fut largement concentré vers des projets de type expérimental, orientés vers les secteurs socio-éducatifs et culturels, au grand détriment de la satisfaction des besoins productifs. En effet, il est clair qu’il faut trouver des stratégies d’investissement adaptées à la situation du MRA, surtout dans le cas du solaire où les investissements sont globaux et immédiats. La Formation Brute de Capitale Fixe (FBCF) va pour l’essentiel à l’infrastructure urbaine et ne profite que très faiblement au développement des zones rurales. En général de nombreux pays africains qui tirent l’essentiel de leurs revenus du secteur primaire consacrent paradoxalement moins de 2 % de leur PNB au développement des capacités productives de celui-ci. L’Afrique est un continent, certes riche en ressources énergétiques diverses, il reste cependant caractérisé par son énorme besoin en capacité de financement. Comment rentabiliser les investissements nécessaires aux transferts de technologies, pour la création d’espaces technologiques ruraux, capables de stimuler la production, d’engendrer un développement endogène, intégré, adapté et soutenable par rapport aux exigences socio-économiques et aux relations avec l’environnement ? Ce problème du financement est capital et mérite d’être analysé avec beaucoup d’attention.

Le financement, toujours le financement et encore le financement !

L’introduction des technologies du solaire pourrait être réalisée de manière plus efficiente, à condition de rompre le goulot d’étranglement que représente la pénurie et la rigidité des sources de financement. En effet, les investisseurs financiers ou industriels potentiels ne disposent pas d’assez de flexibilité pour étaler les coûts d’investissement sur une période plus longue, corrélativement à la durée de vie des technologies du solaire qui est, sur ce plan, largement satisfaisante (de l’ordre d’une vingtaine d’années en moyenne). Car, si pour les Urbains, il suffit pour démarrer une activité artisanale ou industrielle de se brancher sur les réseaux conventionnels, et de payer une location mensuelle ou trimestrielle, il en est tout autrement pour les ruraux. L’inexistence de réseaux de branchement à l’électricité conventionnelle handicape fortement les activités productrices de richesses. Les technologies d’usage du solaire obligent à un premier investissement élevé et global, dans le sens où, il faut s’acquitter du coût de l’installation au complet avant de pouvoir en utiliser le moindre kilowatt heure (KWH). Le monde rural africain est en général caractérisé par un niveau de pouvoir d’achat très faible ; ce qui est doublement lié à la sous-productivité qui y règne et à la faiblesse des rémunérations des produits agricoles. Ces caractéristiques inscrites dans le cadre de l’endettement excessif et généralisé des pays africains, constituent des freins au développement des activités productives, en multipliant les phénomènes désintégrateurs de l’équilibre global de leur fonctionnement. Ainsi, le problème de la facturation de l’énergie en milieu rural, se pose de façon toute particulière. La plupart des investissements réalisés actuellement ne peuvent, par nature, générer que de faibles revenus monétaires. La capacité d’accumulation de capital est presque nulle ; et les années de production se répètent à l’identique : trois à quatre mois de productivité, pendant la saison des pluies ; et six à sept mois de quasi-inactivité pendant la saison sèche, où il ne pleut plus et l’eau enfouie à 20 ou 40 m de profondeur reste "inexplicablement" indisponible. C’est pourquoi il est urgent de trouver des solutions adaptées aux rythmes et à la variabilité des rentrées de revenus des ruraux. Mais le nœud gordien du problème de la faiblesse du pouvoir d’achat doit être dénoué à un niveau plus élevé, celui du développement global des zones rurales réceptrices de nouvelles technologies. Car quelle que soit l’importance du facteur financier, il n’en demeure pas moins, comme le montre diverses expériences de terrain, que les facteurs économiques et socioculturels restent déterminants, du fait de leur grande diversité et de la complexité qui les entoure, pour la réussite finale des projets de développement rural impliquant le transfert des technologies d’usage énergétique, comme le solaire.

La diversité des contraintes économiques socioculturels aux transferts de technologies dans le MRA (Monde Rural Africain)

Les problèmes majeurs que nous remarquons au cours de la mise en œuvre des projets de développement réalisés dans le MRA émanent souvent de leur "individualisme", la grande majorité des causes d’échec de projets énergétiques dans le MRA s’explique par les faits de cloisonnement qui les caractérisent, dans la mesure où ces projets sont généralement pressentis comme des facteurs capables d’induire par eux-mêmes à un succès total. On oublie souvent que sans un bon circuit de commercialisation déjà existant ou en création, ou l’existence de technologies de transformation ou de conservation des denrées périssables, il est illusoire de vouloir pousser les agriculteurs vers une augmentation de leur productivité. Car l’incitation à la production devient vite stérile en l’absence de signaux forts quant à l’intérêt logiquement attendu par les acteurs ruraux. Beaucoup d’études ont été réalisées sur le thème de la nécessaire recherche d’adéquation entre les technologies importées et les phénomènes socioculturels des zones de réception. Et depuis les esprits ont évolué, du fait aussi de l’actuel boom des technologies de télécommunication etc. Mais la règle d’or à observer, dans ce cadre, est de rompre avec les méthodes à "pensée unique" d’autrefois qui avaient "une conception erronée des transferts de technologies, qui furent généralement analysés en termes de stock de techniques dont l’écoulement serait libre des pays industrialisés vers les pays en développement et maîtrisable à terme sans problème particulier"(1). L’organisation du transfert des technologies nécessaires au développement socio-économique des pays africains nécessite une approche et une démarche toutes particulières. L’atteinte de l’efficience productive nécessite au préalable l’existence d’un environnement favorable. L’environnement, englobant la nature, les relations socioculturelles et professionnelles, mais aussi tous les savoir-faire et pouvoir-faire directs ou indirects dont un secteur d’activité économique peut bénéficier, du fait du lieu et du moment de son existence. En effet, la réalisation d’un transfert de technologies met en jeu plusieurs rationalités et identités individuelles et collectives qui se confrontent tout au long du processus productif.

Pourquoi faut-il rompre d’urgence avec certaines pratiques traditionnelles d’usage de l’énergie dans le MRA ?

Dans les pays africains à potentiel maritime (pêche), l’utilisation traditionnelle du solaire brut, pour la conservation-transformation (séchage) des produits de mer n’a point évolué, elle se fait en deux étapes :
  • les poissons sont d’abord brûlés à même la terre, avec beaucoup de paille ou de déchets agricoles et forestiers ;
  • ensuite étalés au soleil, trois à cinq jours, à la merci des poussières et des insectes.
On aboutit à une dépense d’énergie de près de 10 Kcal pour transformer 1 kg de poisson frais en poisson fumé, ce qui est plus qu’excessif en termes de gaspillage énergétique, et peu sécurisant quant aux objectifs nutritifs et qualitatifs. Quant à la production d’huile de palme (telle que nous l’avons observée en Casamance au Sénégal, par exemple), le système traditionnel de cuisson, dit des trois pierres, nécessite d’énormes quantités de bois (car avec ce système, 90 % de l’énergie produite est simplement perdu à l’air libre). Et la technique de presse manuelle employée pour extraire l’huile de palme après cuisson, occasionne une perte de 6 litres d’huile, pour chaque quantité de 9 litres extraite avec le système traditionnel actuellement en vigueur, soit une perte de 40 % de la production totale réalisée. Plus de la moitié de la production annuelle de fruits et de légumes se détériore entre les lieux de production et les marchés d’écoulement, faute de technologies de conservation ou de transformation adéquates. Mais aussi en grande partie du fait que les circuits commerciaux sont convergents vers les grands points de vente des villes plus attrayants, phénomène qui engendre un double paradoxe : les campagnes qui produisent sont en pénurie de leurs propres denrées, alors que dans les villes qui ne produisent pas, les marchés agroalimentaires sont saturés de ces mêmes produits qui leur arrivent de toute part.

Le même problème de déséquilibre des systèmes de distribution se pose à bien d’autres secteurs, et notamment aux produits pétroliers et de mer. Cette situation de sous productivité globale devrait être davantage considéré comme l’une des causes principales du problème alimentaire en Afrique noire. La pénurie de technologies d’utilisation énergétique constitue un problème majeur, puisque dans les zones essentiellement agricoles, la maîtrise de l’eau restera toujours un facteur fondamental ; et l’électrification et les voies et moyens de communication demeurent les conditions préalables à tout développement intégré avec l’environnement immédiat, condition primordiale d’une bonne ouverture sur l’extérieur.

L’espoir des solutions nouvelles d’utilisation des énergies nouvelles et renouvelables

Dans le monde rural africain, l’utilisation des ressources énergétiques traditionnelles motrices ou de biomasse, est de très loin prédominante. L’énergie conventionnelle à base de pétrole ou de gaz, n’est employée que de façon marginale ; et principalement pour des raisons économiques. Cependant, l’utilisation des sources d’énergies nouvelles et renouvelables comme le solaire, l’éolienne, la biomasse et l’hydraulique, connaît plusieurs succès expérimentaux. Les moyens de vulgarisation de ces nouvelles technologies sont aujourd’hui, activement recherchés. L’Afrique subsaharienne est un domaine d’application privilégiée et cela pour des raisons naturelles : le climat tropical et la végétation constituent des sources d’utilisation énergétiques illimitées, car parfaitement renouvelables.

Les multiples voies du solaire dans les pays Africains

Du fait de leur localisation géographique, les PASS ont une moyenne d’ensoleillement de 3 000 heures par an (contre environ la moitié pour les pays occidentaux), soit au moins 6 heures de soleil par jour, ce qui est largement suffisant pour assurer le fonctionnement optimal de n’importe quelle technologie d’usage du solaire. C’est pour ces raisons que ces technologies y présentent une disponibilité pratique et, constituent des moyens parfaitement adaptables et fiables pour la satisfaction d’une partie importante de la demande de consommation d’énergie en milieu rural (éclairage, cuisson, alimentation de machines et appareils...). Il y a cependant certaines contraintes à considérer, liées à la variabilité du rayonnement solaire, suivant la localité, l’heure, la saison, les conditions météorologiques etc. Ces considérations impliquent un supplément de coût, du fait des équipements complémentaires nécessaires à la continuité de la production énergétique. Mais ces contraintes sont d’importance moindre dans le cas du monde rural subsaharien, où les besoins essentiels de consommation énergétique sont ponctuels et disséminés dans le temps et dans l’espace. Les moyens scientifiques et techniques de stockage de l’énergie du soleil (électricité, chaleur, séchage etc.), ajoutés aux possibilités d’usage de l’énergie au fil du soleil, permettant le stockage, non plus de l’énergie, mais de certains produits comme l’eau ou les aliments séchés, prédestinent cette source du solaire à un avenir fiable et adéquat pour l’autosuffisance énergétique du monde rural des pays d’Afrique.

Quelques expériences et perspectives du solaire dans les PASS

Il existe aujourd’hui en Afrique subsaharienne, plusieurs expériences d’utilisation de l’énergie directe du soleil, sous différentes formes de consommation.

L’expérience des télévisions solaires au Niger
C’est en 1978 que le gouvernement de la république du Niger a décidé de doter le pays d’une télévision dite "de masse" destiné à l’éducation des masses populaires, dans le cadre de la lutte contre l’analphabétisme. L’objectif était résumé dans la formule "9 000 villages, 9 000 téléviseurs". La dispersion des installations sur l’ensemble du territoire, dans les villages dépourvus d’électricité posait le problème du choix d’une source d’énergie autonome, fiable, et ne nécessitant que peu de déplacements pour l’entretien et l’approvisionnement. La Société Nigérienne de Télévision et de Télécommunications (SNTT) fut créée au début des années 80 pour installer et exploiter le réseau communautaire mis en place. Le réseau compte plus de 1 500 postes principalement alimentés par photopiles (solaire). Une équipe d’une trentaine de personnes s’occupe de l’entretien et la maintenance pour l’ensemble des 7 régions concernées, avec une fréquence moyenne d’une visite par poste et par année. Depuis 1984, son champ d’activités s’est considérablement élargi à d’autres domaines du solaire (éclairage, froid, pompage etc.) et aux services d’installation et de maintenance d’équipement audiovisuels fonctionnant aussi bien au solaire qu’à l’énergie conventionnelle (courant alternatif "grand public"). Le service de maintenance est globalement assuré suivant trois types d’intervention :
  • Les interventions périodiques (suite à un contrat),
  • Les interventions spontanées sur place (à la demande des usagers),
  • Les interventions en atelier (pour les pannes plus sérieuses).
Pompes solaires au Mali
Dans la région de SAN au Mali, le projet MALI AQUA VIVA (ONG) a permis l’installation depuis 1977 de 100 systèmes de pompage solaire d’une puissance de 720 Wc à 1 440 Wc (puissance installée aujourd’hui est de 100 KWc) permettant l’approvisionnement en eau de près de 100 000 personnes. Les populations sont associées aux décisions, participent au financement et gèrent l’eau. La maintenance est assurée par une structure décentralisée mise en place au sein du projet. La majorité des interventions concernait, non pas le générateur, mais le moteur ou la pompe. Depuis 1980, l’arrivée des pompes immergées a considérablement accru la fiabilité. Le coût annuel de la maintenance dépend de l’éloignement et d’aléas exceptionnels.

Le village solaire de Notto Diobass au Sénégal
Notto Diobass est un village de 500 habitants, se situant dans l’Arrondissement de Notto dans la région de Thies au Sénégal. Depuis le mois de Janvier 1987, il bénéficie d’un projet expérimental : "L’installation d’une centrale photovoltaïque d’une puissance de 5 KWC". Le coût total de cet investissement est de 204 millions de FCA (1987), soit 2,04 millions de FF de l’époque, et a été financé à hauteur de 75 % par une aide publique de l’Espagne, et d’une participation de 25 % de l’état sénégalais. L’investissement technique du projet est ainsi composé :
  • 119 lampes à base de sodium, réparties entre 70 concessions (regroupement de plusieurs habitations), (une lampe de 13 Watts ce type équivaut à 60 Watts pour une lampe incandescente);
  • 12 lampadaires pour l’éclairage public du village
  • 2 systèmes de pompage de 750 Watt de puissance pour des puits ;
  • Équipement de foyer des jeunes par une télévision en couleur ;
  • Un système de sonorisation (musique, réunion, autres activités culturelles) ;
  • 1 machine à moudre le mil : le Kg facturé à 10 Fcfa, (mais cet équipement ne permettait pas de moudre les grains de maïs) ;
  • 1 Freezer : pour la production de 50 Kg de glace par jour ;
  • sonorisation et éclairage de la Mosquée par un système isolé.
La programmation de la gestion de ces différentes applications se fait par deux types de système de fonctionnement :
  • Le système centralisé : éclairage public, pompage d’eau, production de glace (Freezer) ; Ces types de besoins se sont tout à fait avérés être compatibles avec une gestion automatisée ; l'éclairage public (lampadaires), qui n’est déclenché qu’à partir d’une certaine heure fixée à l’avance, suivant certaines modalités pratiques.
  • Le système décentralisé : Mosquée, foyer des jeunes, machines à moudre le mil (du fait des spécificités particulières à ces types de besoins, ce système assure en effet une meilleure satisfaction des besoins de consommation d’électricité en harmonie avec le milieu socioculturel récepteur).
Ces exemples constituent des preuves de la grande faisabilité et fiabilité de l’utilisation du solaire dans le MRA. La réussite des transferts de technologies nécessaires repose sur l’exploration des axes de recherches suivants :

1) La maîtrise des coûts d’importation des technologies et biens d’équipement indispensables

Il faut, à ce niveau, remarquer que la dévaluation du Fcfa a largement aggravé le problème ; dorénavant il faut deux fois plus de moyens financiers pour acquérir les mêmes biens d’équipement qu’auparavant. Car, s’il est indéniable qu’il y a eu des effets positifs sur l’exportation de matières premières, il en est tout autrement pour le secteur industriel africain qui a été enfermé dans le piège infernal de l’impossible renouvellement de certains biens d’équipement vitaux. C’est le cas dans le secteur du transport où des pays comme le Sénégal ou le Cameroun sont retombés dans des situations de "chaos du transport", tout comme le secteur des hydrocarbures, qui n’a pas su profiter des périodes de "vaches grasses", et qui est aujourd’hui sommé de se mettre à l’heure de la vérité des prix mondiaux. Le gisement en énergie solaire potentielle de l’Afrique offre une grande flexibilité d’exploitation de cette ressource énergétique. Si on prend en compte l’isolement et la dispersion des zones rurales, qui pour l’heure ne peuvent espérer être connectées aux réseaux électriques conventionnels, trop exigus et qui restent l’apanage des seules zones urbaines ou industrielles. Le coût du WC (Watt Crète) photovoltaïque (module complet) était vendu par la firme allemande Siemens à 800 FF, soit 40 000 F CFA en 1975, en 1989 ce même module était vendu 22,5 FF ou 1 125 F CFA (1989) ; c'est-à-dire que le coût de l’usage de l’énergie solaire a été en moyenne divisé par 35, en 13 ans. Une croissance importante de la consommation des équipements d’utilisation du solaire devrait, grâce aux phénomènes d’économie d’échelle, contribuer de façon significative à abaisser encore le prix du KWH solaire. Néanmoins, au niveau actuel des coûts, le solaire reste l’énergie la plus compétitive pour les besoins énergétiques ne dépassant pas 1 KWH par jour (éclairage domestique + télévision + petit électroménager, par exemple) ; de 1 à 10 KWH, il reste encore très compétitif (petit pompage, alimentation de dispensaire, éclairage privé et public de petits villages de 500 à 1000 habitants etc.) ; et par les méthodes d’évaluation socioéconomiques dites Avantages Coûts, le degré de compétitivité des technologies du solaire augmente encore de façon considérable.

2) L’organisation progressive de la délocalisation partielle ou totale de la production des équipements du solaire

À ce niveau, il faut convenir que la séparation géographique des lieux de production et des lieux de consommation de masse, n’est pas pour contribuer au développement rapide de l’expansion de l’usage du solaire en Afrique. Les pays industrialisés ont certes beaucoup investi dans le développement des technologies du solaire, mais leur désavantage climatique par rapport aux pays tropicaux et le fait qu’ils soient déjà largement équipés en centrales nucléaires ou autres technologies de pointe, ne font pas d’eux des consommateurs de masse potentiels, dans l’immédiat. Les technologies d’usage du solaire sont largement à la portée des compétences scientifiques et technologiques actuellement disponibles en Afrique. Elle peut aujourd’hui disposer suffisamment des éléments nécessaires à la production industrielle d’équipement du solaire, par la voie photovoltaïque. Et par la voie thermodynamique (création d’énergie par la récupération de chaleur pro venante du chauffage direct de l’eau) est encore davantage à la portée des pays africains. L’exemple des quatre petits dragons du Sud-Est asiatique dans le domaine de l’électronique est à méditer. Enfin les récentes avancées scientifiques, sur le principe de la supraconductibilité (objectif de transport de l’électricité à des températures ambiantes, sans perte d’énergie) annoncent des perspectives formidables (résolution du problème de stockage et transport de l’énergie électrique) pour l’avenir du solaire, dès le début du millénaire prochain.

3) Le rôle étatique indispensable au développement du solaire en Afrique

Le problème majeur du développement de l’énergie solaire en Afrique reste celui de l’impulsion commerciale à donner à ce marché, qui pour l’instant reste fermé. C’est pourquoi, il est urgent de trouver les fonds nécessaires aux premiers investissements, qui seront récupérables à termes. Il faut plus de volonté politique aux états africains qui détiennent la clef fiscale, mais plus encore ils peuvent trouver d’autres moyens d’impulsion ne nécessitant pas forcément de grosses dépenses et qui peuvent être très efficaces. En France, par exemple, pour développer l’énergie solaire auprès des entreprises, l’état leur offrait gracieusement le coût du diagnostic. L’état français s’est longtemps occupé aussi de réaliser la publicité de certaines technologies innovantes. Mais le rôle capital de tout état passe par le financement de la recherche-développement. Mais, répétons le, il faut absolument que les états africains intègrent la logique qui veut que toute recherche est stratégique, dans la mesure où elle cherche à atteindre un but, en contournant au préalable les difficultés émergeantes. Les états africains doivent se donner les moyens de mener leurs propres recherches, ce qui leur permettrait de mener leurs négociations avec leurs partenaires étrangers sans complexe d’indigence.
Compte tenu du contexte capitalistique de la production consommation d’énergie dans le monde, seules des interventions étatiques peuvent rompre le monopole de fait des grandes compagnies de production énergétique, comme certains pétroliers qui anticipent des investissements dans tous les secteurs potentiellement concurrents, afin "d'organiser la fin du pétrole, mais également de s’assurer le monopole des nouvelles sources d’énergie"(2). Certains gouvernements africains ont aujourd’hui mis en place des politiques d’avantages préférentiels pour l’importation des biens d’équipement solaires, par l’allégement ou la suppression des taxes fiscales, l’appui financier et logistique aux acteurs des projets innovateurs, etc. Mais les coûts restent encore hors de portée des capacités d’investissement des cultivateurs, agriculteurs et autres artisans ruraux. Le déficit des budgets publics en Afrique est devenu trop important, pour laisser beaucoup d’espoirs quant à d’autres formes de soutien de l’état, que celles qui sont fiscales. Les états africains sont devenus pauvres, faute d’avoir pu gérer avec efficience la mise en œuvre des stratégies de développement initiées depuis plus de trois décennies. C’est pourquoi, d’autres moyens d’impulsion de l’électrification rurale doivent être trouvés dans les secteurs du privé, financier (capital-risque etc.), industriel et commercial qui sont liés à la production d’énergie, comme les pétroliers qui peuvent aussi trouver leur profit dans le développement de véritables marchés du solaire dans les pays factoriellement dotés en potentiels, comme les pays tropicaux, en voie de développement. L’efficacité de ces moyens devrait permettre une plus grande accessibilité des technologies d’usage énergétique, par l’étalement des coûts d’investissement. En fait il faudra arriver à rompre la contrainte de l’importance des premiers investissements à laquelle doivent faire face aujourd’hui les ruraux Africains pour s’équiper de ces technologies nouvelles.

4) le caractère déterminant des 5 C : coordination, collaboration, coopération, consensus et construction, c'est-à-dire une action organisée, dans une stratégie de RD et d’industrialisation efficiente en Afrique

Les politiques d’industrialisation africaines ont tout intérêt à adopter une démarche stratégique, qui ne peut se déployer que dans le cadre de ces 5 C, pour mener des politiques d’ensemble, afin de négocier avec les détenteurs de technologies du nord, les meilleures conditions de transfert des technologies et savoir-faire nécessaires. Cela permettrait aussi de regrouper certaines charges fixes, afin de minimiser les coûts et frais généraux, grâce à une utilisation plus rationnelle des savoir-faire sollicités (ingénieurs et techniciens, etc.). Le développement de réseaux de transferts de savoir-faire est indispensable pour optimiser les investissements réalisés dans le MRA. En général, un seul projet supporte un coût faramineux, pour s’offrir un appui technique et technologique fiable. Alors que compte tenu des rythmes d’évolution et surtout de la bonne fiabilité des technologies du solaire en général, ces activités peuvent partager des équipes techniques et autres prestations nécessaires à leur bon fonctionnement, ce qui contribuerait à abaisser considérablement les coûts d’entretien et de suivi des unités installées.

5) L’importance des fonctions de maintenance, de suivi et de contrôle des projets

La maintenance et l’entretien des technologies d’utilisation des énergies nouvelles et renouvelables sont fondamentaux, car de leurs succès dépend la suite logique d’autres projets complémentaires. Les échecs accumulés, dans le domaine de la fiabilité des équipements techniques, constituent des freins psychologiques qui sapent le moral des investisseurs et utilisateurs potentiels. La crise énergétique en milieu rural africain, constitue un blocage très pesant à toute action de production de richesses. Le problème de l’introduction des technologies modernes dans le MRA se pose :
  • en termes commerciaux : identification et exploitation des marchés potentiels ;
  • en termes d’adaptation et de développement technologique : réalisation des ensembles techniques adaptés aux conditions locales ;
  • en termes d’organisation et de contrôle : entretien, maintenance des biens d’équipements et contrôle de gestion efficient des ressources de production, qui passent par la rupture avec les régimes fonciers post-coloniaux qui sont plus que sclérosés, et par l’existence de compétences techniques et organisationnelles. L’évaluation à posteriori est la phase de l’approche stratégique la moins usitée en Afrique. Ainsi les projets s’accumulent, mais ne s’enrichissent guère d’expériences fiables et contrastés du passé.
Cette manière de poser le problème, en termes commerciaux, technologiques et organisationnels vise à fustiger l’idée reçue, suivant laquelle : le transfert de certaines hautes technologies dans le MRA était fatalement conduit à échouer, du fait de la poussée démographique sur les terres. Ainsi Coster BROWN [1978] disait : Dans la plupart de ces pays (africains), la croissance de la population empêche la pousse d'arbres nouveaux et il en résulte une tendance à la déforestation qui menace tout le système écologique et plus particulièrement la fertilité et la stabilité des sols tropicaux. Cependant, il serait par trop simpliste de tenter de résoudre le sous-développement par la limitation des naissances. Car seuls 5 % de la superficie du continent sont actuellement cultivés et le système productif agricole est encore trop inefficient en Afrique, où les rendements sont encore minimaux. Le nœud gordien du problème énergétique qui se pose aux MRA demeure dans la pertinence de leur mise en œuvre. Bien que dépourvus de capitaux, les zones rurales des pays africains recèlent d’énormes potentialités agricoles et forestières qui peuvent générer des revenus monétaires importants, si un système adéquat de commercialisation et de valorisation des produits agricoles était trouvé dans le MRA. Alors le problème de la faiblesse du pouvoir d’achat serait largement amorti, voire dépassé. Plusieurs types de produits agricoles, forestiers, artisanaux, sont très demandés sur les marchés urbains et internationaux ; cependant les systèmes de commercialisation actuels sont trop désorganisés et ne répercutent pas assez de richesses à leur milieu générateur, et cela est fatal pour l’évolution positive du système.

Les zones d’activités productrices du MRA sont, de façon systématique, malheureusement considérées tout simplement comme des réservoirs à fond perdu, où l’on se soucie plus de prélever que d’investir. Il est nécessaire, plus que jamais, de réformer les systèmes de production et de commercialisation dans le MRA, afin de libérer les multiples ressources énergétiques et créatrices qui y sont pour le moment cachées. "L’énergie du soleil est un don du ciel qui ... s’inscrit dans la suite logique de certains savoir-faire existants : l’énergie solaire est partout utilisée depuis des millénaires de façon passive ou par l’intermédiaire de la biomasse et ces savoir-faire ne nécessitent que des perfectionnements..."(3).

par Pathé Bolé DIENG
Chercheur Consultant en socioéconomie ; Professeur d'Enseignement Supérieur : Grandes Écoles d'ingénieurs et de Management (Lyon, Saint-Étienne et Paris) (Sociologie et Management des organisations ; Géopolitique de la mondialisation).

Source: AfricEssor

Electricité solaire: une énergie peu coûteusE


Le NEPAD veut développer l’électricité dans les zones rurales

Par Itai Madamombe
Lampes au kérosène et fatigue oculaire constituaient il y a peu encore le quotidien des instituteurs africains. Mais l’électricité solaire a tout changé. Caroline Hombe, enseignante de 35 ans de la région rurale de Mhondoro (Zimbabwe) peut maintenant corriger la pile de cahiers qui se trouve sur sa table sans redouter que la tombée de la nuit ne mette fin à son travail. Ensoleillés toute l’année, les pays africains exploitent dorénavant cette source d’énergie propre et gratuite pour éclairer des foyers isolés qui n’ont aucun espoir d’être prochainement reliés au réseau national d’électricité.
Entretien de panneaux solaires au Mali
Entretien de panneaux solaires au Mali: l’Afrique peut exploiter son ensoleillement important pour produire de l’électricité
“J’avais toujours mal aux yeux, et aussi mal à la tête à cause de la fumée”, se souvient Mme Hombe. “Imaginez : corriger une centaine de cahiers d’exercice dans de mauvaises conditions d’éclairage et avec de la fumée. La seule solution était de faire ce travail avant le coucher du soleil, mais je ne pouvais alors pas passer de temps avec mes deux jeunes enfants avant qu’ils se couchent, ni préparer le dîner assez tôt. Heureusement, le problème ne se pose plus.”
L’électrification des zones rurales présente des défis particuliers pour les gouvernements africains car il est souvent coûteux et peu pratique de relier au réseau d’électricité des foyers éloignés et éparpillés. Dans le cadre du Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), les pays africains cherchent de nouveaux moyens de permettre aux familles rurales de cuisiner et de s’éclairer. Des sources d’énergie autonome — solaire, éolienne ou hydraulique (avec des mini-générateurs) — peuvent constituer une solution.
Le NEPAD part du constat selon lequel il faut, pour parvenir à la prospérité sociale et économique, renforcer l’accès à des sources d’énergie moins coûteuses et plus fiables. En dehors de l’Afrique du Sud et de l’Egypte, seuls 20 % des Africains (et dans certains pays seulement 5 %) ont l’électricité. Dans les régions rurales où vivent la majorité des Africains, ce chiffre n’est que de 2 % en moyenne, ce qui est nettement inférieur au taux d’au moins 35 % que comptent atteindre les dirigeants africains.

‘Le soleil est gratuit’

Cet objectif est tout à fait réaliste, explique M. Garai Makokoro, directeur de l’Energy Technology Institute du Zimbabwe. Les cours d’eau (au potentiel hydraulique) et les réserves de pétrole, de charbon et de gaz de l’Afrique sont après tout parmi les plus importants du monde. Pour faire progresser le NEPAD, ajoute-t-il, il faut que les pays trouvent des sources d’énergie moins coûteuses, en minimisant les risques pour l’environnement et en en assurant la viabilité. De l’avis de ce spécialiste de l’énergie, l’énergie solaire, propre et renouvelable, satisfait cette équation.
“Les pays africains doivent faire preuve de créativité. Le soleil est gratuit et inépuisable. Les panneaux photovoltaïques convertissent directement les rayons du soleil en électricité, sans pollution et sans nuire à l’environnement. Ils peuvent produire suffisamment d’électricité pour alimenter des cuisinières, pomper de l’eau, éclairer des dispensaires et faire fonctionner des téléviseurs. L’Afrique a l’un des meilleurs climats pour ce type d’énergie”, a expliqué M. Makokoro à Afrique Renouveau.
Mais malgré les avantages incontestables de l’énergie solaire, la majorité des Africains dépendent encore de sources d’énergie traditionnelles. Le bois ou d’autres formes de biomasse comme les résidus des récoltes constituent les principales sources d’énergie pour la cuisine — ce qui a des conséquences très néfastes sur l’environnement.
Au début des années 1990, de nombreux villages se sont tournés vers l’énergie solaire. C’est au Zimbabwe que le plus ambitieux de ces projets a sans doute été mené, avec le soutien financier du PNUD et dans le cadre du Fonds pour l’environnement mondial (FEM). Cette initiative financée par le FEM (à hauteur de 7 millions de dollars) et le Zimbabwe (à hauteur de 400 000 dollars) a consisté à installer quelque 9 000 systèmes d’énergie solaire dans l’ensemble du pays, dans le but d’améliorer les conditions de vie de la population mais également de réduire la dégradation des terres et la pollution.
Situé près de Shamva, à 70 kilomètres de Harare, la capitale du Zimbabwe, la communauté de River Estate a l’un des meilleurs systèmes solaires locaux du pays. Cinquante deux exploitations agricoles familiales se partagent des générateurs d’électricité solaire, à raison d’un pour deux foyers. Chaque famille a deux lampes, ainsi que la possibilité de brancher une radio ou un petit téléviseur. Ces nouveaux systèmes d’éclairage ont amélioré la qualité de vie de la communauté : les élèves peuvent ainsi étudier plus longtemps, l’exode rural est réduit dans la région et les soins de santé se sont améliorés grâce à l’électrification d’un dispensaire.

Financement novateur

“Malgré tous leurs avantages, l’installation de ces systèmes solaires est d’un coût élevé, explique M. Jem Porcaro, analyste du Groupe de l’énergie et de l’environnement du PNUD. En Afrique subsaharienne, il faut compter de 500 à 1 000 dollars en moyenne pour équiper un foyer, c’est-à-dire éclairer de trois à six pièces et faire fonctionner un téléviseur noir et blanc tous les soirs. La plupart des foyers africains n’en ont pas les moyens”.
Le recours à de nouvelles modalités de financement, comme la facturation à l’usage, est un moyen de surmonter le problème des coûts initiaux prohibitifs, indique M. Porcaro. L’installation de panneaux solaires alimentant plusieurs foyers à la fois peut également permettre de réduire les coûts. D’après la Banque mondiale, un plus grand nombre de foyers africains pourrait bénéficier de l’énergie solaire si les pouvoirs publics supprimaient certains obstacles, par exemple les droits d’importation.
La volonté de faire bénéficier les foyers ruraux de cette forme d´énergie est manifeste chez les dirigeants africains. Par exemple, d’après un rapport du PNUD et du FEM sur le financement et les modes de distribution, le marché de l’énergie solaire était à l’origine dominé en Afrique du Sud par le secteur privé, c’est-à-dire des concessionnaires. Mais le Gouvernement, l’un des principaux artisans du NEPAD, a par la suite lancé un grand programme hors réseau qui est maintenant entièrement opérationnel. Le Botswana, la Namibie, le Swaziland, la Zambie et la plupart des pays de la région ont développé les marchés de l’énergie solaire, souvent avec des fonds spéciaux visant à faciliter les crédits à la consommation.

Une aide pour les entreprises

L’énergie solaire sert également à faire fonctionner de petites entreprises. Abina Lungu, entrepreneur, gère une fabrique de pilage du maïs à Nyimba, dans l’Est de la Zambie. Source d’énergie fiable, l’électricité solaire lui permet de travailler tard dans la nuit pour répondre à toutes les commandes de ses clients. M. Lungu est l’un des nombreux villageois desservis par Nyimba Energy Service Company (NESCO), une entreprise financée par l’Agence suédoise de développement international. NESCO installe dans les résidences ou ateliers un système comprenant un panneau, une batterie, un contrôleur de charge et des points d’alimentation. Le coût s’élève à 33,33 dollars, frais de contrat inclus. Par la suite, les consommateurs doivent s’acquitter de frais de location mensuels.
Il n’est pas difficile de convaincre les Africains de recourir à l’énergie solaire et la demande est importante. NESCO a environ 360 personnes sur sa liste d’attente. “Nous avons du mal à répondre à la demande”, admet M. Stanislas Sankhani, chef de projet. Les efforts concertés du NEPAD devraient permettre aux Africains de ne plus attendre longtemps. D’après la Banque mondiale, l’électricité solaire, convient aussi bien que les réseaux électriques aux foyers ruraux, car leur consommation est faible.
SOURCE  Afrique Renouveau.